Le Monde vu de la Cortewilde

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21. L'hiver approche : on arrache les patates!

Avec les premiers signes de l’hiver, on voit un peu partout les gens s’activer dans les champs à rentrer les pommes de terre. Pas de champs « mécanisés » ici, les parcelles sont beaucoup trop petites, alors le travail se pratique encore à la main, les plus modernes utilisent un micro-tracteur ou un motoculteur équipé d’une petite arracheuse. Mais on ramasse à la main, en famille.
Ainsi, « le Paul », qui occupe la parcelle à côté de chez nous, a-t-il pour l’occasion réquisitionné ses deux frères, sa belle-sœur, et notre voisine et amie, Mme Ader. Ils ont utilisé un micro-tracteur et sont satisfaits car la récolte est bonne : « Ce n’est pas encore cet hiver qu’on mourra de faim… ».
Paul, qui est aussi devenu un ami, nous a offert, tout fier, quelques kilos de sa récolte : en tant que Belges on nous considère en effet comme des experts en pommes de terre ! Et ils sont bouche bée quand je leur raconte que chez nous, on arrache les précieux tubercules avec des automotrices ou même des engins chenillés (« Grimme », n’est-ce pas, Maxime ?).
Depuis plus de 20 ans que nous venons ici, nous avons sympathisé et on nous considère presque comme des indigènes. A priori, les gens d’ici ont l’air bourrus et méfiants vis-à-vis des touristes. Autrefois, ils les surnommaient les « doryphores », comme l’insecte le plus détesté ici pour crime de lèse-patate ! Au début, nous avons eu droit aussi à ce sobriquet péjoratif. Et nous le savions.
Un jour que nous prenions l’apéro dans le plus vieux bistrot du village, mon préféré car on y côtoie les « authentiques » que les touristes considèrent comme trop vulgaires à fréquenter, un vieux qui jouait à la belote avec une oreille branchée sur notre conversation, et que notre présence intriguait un peu me demanda : « Mais M’sieu Dame, vous êtes déjà venu plusieurs fois au Villar, vous avez la maison au Cochy (quartier). Mais vous êtes d’où exactement ? » Je lui ai répondu :
-« Nous sommes des doryphores qui venons de Belgique. Mais ma grand-mère était originaire du village, Alice Barnéoud, d’ailleurs son frère Paul habite encore ici, au Cadran Solaire. » Les plus vieux se souvenaient encore d’elle, de celle qui avait quitté le village dans les années ’20, et qui était partie ensuite habiter au Luxembourg ! C’était un destin rare ici pour une jeune fille que de quitter la dure vie d’un village perdu des Hautes-Alpes…
La glace était rompue. Ce fut le début de « l’adoption ».
Et aujourd’hui, on nous offre souvent des légumes : blettes, tomates, salades, … C’est un honneur ici de nous les offrir, ou plutôt une fierté, car les légumes sont précieux dans ce pays dominé



15/01/2017
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