Le Monde vu de la Cortewilde

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17/12 : "Reklame in vlaams a.u.b.!"

 

    J'ai appris que la société flamande des bus "De Lijn" affiche pour l'année 2012 un manque à gagner de plus de 200.000€ au niveau des recettes de la publicité affichée sur ses bus...


    En cause? Un décret de la région flamande qui lui impose désormais d'utiliser exclusivement le néerlandais dans les messages publicitaires affichés sur ses bus. Au début, la société De Lijn n'avait pas cru bon devoir prendre cet ordre à la lettre et s'était ainsi autorisée des messages en anglais p.ex. lorsque la traduction n'avait pas de sens, mais des comité de vigilances se sont formés dans plusieurs villes pour porter plainte à chaque "infraction" constatée.

 Conséquence : les annonceurs n'ont pas tardé à laisser tomber ce support publicitaire et ses obligations absurdes, avec la conséquence financière qui s'en suit.


     Difficile en effet pour un distributeur de films de payer une campagne de pub pour le film "Hemelval" parce que le "Skyfall" de l'agent 007 est un titre anglais, donc prohibé. "Skyfall" est en fait un nom propre, qui ne devrait pas se traduire. On imagine mal  également la patinoire d'Anvers faire la promotion du spectacle Mickey de "Vakanties op Ijs" pour ne pas récolter d'amende en parlant de "Holiday on Ice" ! On atteint ici l'absurde!

 

     On pourrait ainsi délirer et imaginer des chanteurs français aller faire leur tour de chant en Flandre sous les jolis pseudonymes vondéliens de "Geert de Normandiër" (Gérard Lenorman), Jacobus Van de Stam (Jacques Dutronc), Alain Hardezang (Alain Chamfort) ou encore Johnny Vakantie (Johnny "Holiday"...).


      Ou alors aller au ciné-club voir le vieux film "De Walseressen" (les "Valseuses") des débuts du célèbre chanteur belge  "Geert Vandoorgod" (de-par-dieu...).

 

     Selon moi, c'est véritablement de la paranoïa, qui s'explique peut-être par un sentiment d'infériorité de certains néerlandophones qui ne voient qu'un seul moyen d'imposer leur parler face aux "grandes" langues : la force! Et le phénomène se généralise dans de nombreuses villes qui croient devoir prendre, comme à Alost p.ex., des mesures contraignantes contre ce qu'elles considèrent comme un envahisseur.

 

Perspective historique. (pour ceux qui auraient envie de continuer une lecture plus sérieuse...)

 

     Cette séparation rigoureuse, "territoriale" et qu'on voudrait figée, des deux langues n'a pas selon moi de  fondement réel.


Jadis, il n'existait pas de langues nationales, elles se sont imposées peu à peu avec l'histoire des nations. Le Français langue parlée et écrite est un dialecte qui s'est imposé aux autres patois romans parce qu'il était le dialecte du roi. Idem dans les autres pays.
 
En simplifiant, on pourrait dire que la Belgique n'étant un pays indépendant que depuis 1930, elle n'avait pas de langue nationale, "le belge" n'existe pas en tant que tel. Si le Français a été choisi en 1930, c'est pour 2 raisons selon moi : c'était la première langue écrite qui s'était imposée avec l'occupation française et les premières lois écrites étaient  françaises ( Napoléon : code civil, état-civil ).

 D'autre part, le néerlandais était la langue des occupants, les Hollandais, chassés par la révolution de 1830. Elle était donc très mal vue par les Belges, d'autant plus que les patois flamands  parlés par le peuple flamand étaient très différents du néerlandais écrit. Idem pour le peuple wallon qui ne parlait
pour l'essentiel que le wallon et qui ne connaissait que très mal le français qu'il n'utilisait pas couramment.

 

      N'oublions pas non plus que l'école obligatoire et l'apprentissage du français ne datent que de la guerre de 14. Ma grand-mère, française née en 1912 dans les Hautes-Alpes ne parlait que le patois franco-italien de la région à la maison. Ce n'est qu'à 6 ans, à l'école, qu'elle a commencé à apprendre le français!

 

     Et voilà pourquoi cette rupture d'aujourd'hui est absurde et nuisible à notre beau pays. Les mouvements wallons et flamands ne sont nés qu'à la fin du XIXè siècle, souvent dans les discours de politiciens opportunistes. L'histoire des pauvres soldats flamands commandés et envoyés au casse-pipe par des officiers francophones est un mythe qui fut  démenti en son temps par les anciens combattants eux-mêmes, mais ils ne sont plus là pour nous le rappeler...

 

     Et dès le début de la régionalisation de la Belgique en 1980, la première chose qui fut instaurée par les politiciens, c'est le vote séparé des Flamands et des Wallons, pour que le citoyen clairvoyant et conscient du danger ne puisse plus jamais voter pour un candidat "belge" qui voudrait sauver la "Belgique unie" : le mal était fait!

 



17/12/2012
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