Le Monde vu de la Cortewilde

Le Monde vu de la Cortewilde

"Des Queues de cerises", de Fabien DUMONT.

 

    Je viens de terminer la lecture du recueil de nouvelles « Des Queues
de cerises » de Fabien Dumont. Fabien est Cominois, il enseigne le
français et l’histoire, et j’ai eu le plaisir d’être son collègue au Collège Saint-Joseph.

 

    Avant de commenter ma lecture, je voudrais d’abord préciser que j’ai dès
le départ flashé sur le titre, mais pour des raisons toutes personnelles qui
n’ont rien à voir avec les récits. En effet, j’ai vécu récemment deux ans de relations
tourmentées avec une maîtresse possessive, la Grande Faucheuse, et depuis notre
rupture, j’ai redécouvert la vie et ses vraies valeurs, que je peux résumer
ainsi : à part l’Amour, celui de votre femme, de vos enfants, de votre
famille et des quelques amis sincères, tout le reste, l’argent, la gloire, la
réussite, toutes ces choses ne sont que des « queues de cerises » ! Et comme pour les cerises, il faut se hâter de croquer les plus beaux fruits de la vie.

 

    Trêve de digression, mais en fait elle était volontaire : je voulais
dire que le titre d’un livre est déjà un horizon d’attente, une lecture avant
la lecture, la formulation par le futur lecteur d’hypothèses de lecture qu’il a
hâte de vérifier dès les premières pages. Le titre d’un livre, c’est l’apéritif
de l’œuvre, et pour moi en tout cas, il était totalement à mon goût !

 

    Ensuite, au fil de ma lecture, j’ai retrouvé de nombreuses
« richesses » littéraires que je me suis efforcé, au long de ma
carrière, de faire apprécier par mes élèves. Il en est ainsi de la notion de
« lecture plurielle » : donnez le même livre à 100 lecteurs, et
vous aurez 100 lectures différentes. Chacun en effet va y trouver des choses
différentes et pourra ainsi s’imaginer à sa façon quel est le physique du
héros, quels sont selon lui les personnages les plus sympathiques, comment va
évoluer l’intrigue, etc.

 

    Mais, chacun va aussi y apporter, en plus, des choses personnelles en
fonction de sa propre expérience, de son vécu, de ses lectures, de ses
souvenirs. Et c’est cela qui fait selon moi la richesse d’une œuvre, la
possibilité bien sûr de pouvoir s’identifier au héros, mais aussi d’y retrouver
des éléments personnels, parfois intimes, comme si l’auteur avait écrit son
œuvre spécialement pour vous.

 

    Et là, avec ces « Queues de cerise, je me suis trouvé
particulièrement gâté. Quelques exemples. Ainsi, dans Madame la Fée, le narrateur, comme moi, était un fan du feuilleton Ma sorcière bien aimée, et comme l’enfant de celle-ci, il s’était cru un temps doué de pouvoirs surnaturels qu’il s’était empressé de tester. En fermant les yeux, je me suis
retrouvé enfant, avec ma petite sœur : nous avions un vrai canard, qui servait parfois de jouet, « victime » de ma sœur dont il se défendaiten la mordant, et je revois encore ma petite sœur se remuer le nez avec l’indexdans l’espoir de transformer notre canard en son équivalent de plastique.

 

    Dans La richesse de Monsieur André, j’ai retrouvé et apprécié la description du village et de ses
habitants, dans lesquels j’ai retrouvé un peu l’univers tendre de Pagnol.

 

    Dans La Maison intérieure et son monastère chinois, j’ai revu la lamaserie et les bonzes de Tintin au Tibet, et m’est revenue ainsi l’image de la lévitation d’un moine, image qui
m’avait toujours fascinée.

 

    Et je pourrais citer d’autres exemples de récits où on ne trouve pas
seulement ce que l’auteur a écrit, mais aussi, derrière les mots, ce qu’on y
apporté de soi-même.

 

    Je n’ai toujours pas parlé du sens de l’œuvre, mais là aussi, je laisse
chaque lecteur interpréter lui-même ce qu’il aura compris dans ces nouvelles. L’un y
verra une suite de récits amusants, un autre plusieurs nouvelles au fil
conducteur, ces fameuses queues de cerises, un peu hermétique. Certains enfin,
dont je suis, y trouveront je l’espère, une belle philosophie de la vie, articulée
autour du mot magique « imagination ».

 

    J’avais déjà lu un autre texte de Fabian, le récit d’un voyage en Inde,
et j’y avais un peu retrouvé le style et le ton de Stendhal dans ses « Mémoires d’un voyageur ».
Ici, je trouve que notre écrivain cominois a donné une touche plus personnelle
à son écriture.

 

    Je crois que mes amis me connaissent suffisamment bien pour savoir que je
n’ai pas l’habitude de passer la brosse à reluire, même à mes proches. Tout
cela pour dire, mais vous l’aurez compris, que toutes les qualités que j’ai
trouvées dans ces « queues de cerises » existent vraiment et valent
réellement la peine d’être découvertes !

 

DUMONT, F., « Des Queues de cerises », Memory Press, 2010.

 

 



15/11/2011
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