Le Monde vu de la Cortewilde

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Ne plus rembourser les malades récidivistes.

La déclaration du Dr Pedro Brugada, cardialogue aux cliniques universitaires de BXL crée aujourd'hui une véritable polémique bien compréhensible. Sa proposition : ne plus rembourser les soins aux malades qui, après un accident de santé dû à leur comportement dangereux (alcool, tabac, diabète non suivi) se retrouvent une nouvelle fois à l'hôpital, du fait de leur négligence "coupable". On peut le comprendre, étant donné que cette idée circule en majorité dans le monde hospitalier des urgences, démoralisé de voir revenir trop vite des patients ayant p.ex. récidivé à l'alcool ou au tabac après un grave accident de santé...

 

Et ce matin, Vivacité appelait ses auditeurs à témoigner et/ou à donner leur avis. Ce qui apparaît d'abord, c'est que de nombreuses personnes concernées se dédouanent en minimisant la gravité de leurs actes : "ce n'était pas vraiment grave, alors je continue encore l'alcool et la cigarette mais un peu moins", "je sais que c'est mauvais pour moi, mais j'ai toujours été un bon vivant et je n'ai pas envie de devenir un ascète"... Seuls les "vrais concernés", ceux qui ont une première fois frôlé la mort semblent avoir compris la leçon.

 

Après avoir écouté tout cela, j'ai presque envie de dire que le Dr Brugada a raison, même si l'alcoolisme et le tabagisme peuvent exercer chez certains une addiction plus forte que la raison... Et peut-être que si la menace de la maladie ("qui n'arrive toujours qu'aux autres") ne suffit pas, l'ultimatum financier pourrait être plus convaincant. Un peu comme la menace du retrait définitif du permis de conduire pour les chauffards récidivistes ou la prison à vie pour les grands criminels. Mais il restera toujours des rebelles à toute menace.

 

D'autres aussi répliquent en disant "si on ne veut plus me payer mes soins, qu'on me rembourse alors mes 30 ans de cotisation!". Difficile à mettre en pratique...

Et pourtant, la punition financière est déjà appliqué dans certains domaines : c'est ainsi le cas pour les assurances-vie en cas d'emprunt hypothécaire par un fumeur, et là les gens l'acceptent facilement car ils y voient plutôt une récompense pour le non-fumeur que l'inverse. Alors, un remboursement à deux vitesses par la mutuelle? Ce serait peut-être une piste...

 

Je voudrais terminer en abordant mon cas : ma transplantation. Il est évident que j'ai reçu des consignes strictes d'hygiène de vie, que je respecte scrupuleusement, mais pour plusieurs raisons.

 

D'abord, si j'ai eu la chance d'être inscrit sur la liste d'Eurotransplant, c'est que mon espérance de vie en valait encore la peine. Les organes étant trop rares, il faut faire un choix, et je sais que je n'en aurais pas reçu si j'avais eu l'estomac rongé par l'alcool ou les poumons par la fumée! J'ai dû passer tous les examens possibles et imaginables avant d'être admis sur la liste des receveurs potentiels! Et je peux vous dire qu'à part cette tumeur au foie, j'étais en parfaite santé!

 

Ensuite, quand je vois ce que j'ai coûté à la collectivité, en chimio et radiothérapie d'abord, quand j'ai vu la facture de l'opération de 5 chirurgiens pendant 12h plus tous les frais annexes, quand je fais le compte des frais de médicaments pour la mutuelle d'abord qui prend les plus coûteux en charge (+de 600€ par mois) et ce que je paie personnellement (+de 100€ par mois), je me dis que j'ai des devoirs moraux à respecter mes soins et mon hygiène de vie.

 

Et finalement, sans doute le plus motivant pour moi, je sens que j'ai aussi un devoir de respect de la famille qui a accepté que l'on me donne une partie d'un de leurs proches. Cette vie qui est en moi et qui me permet de vivre, j'ai mission de la faire durer le plus longtemps possible!



14/02/2012
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